Le Chrysanthemum x morifolium illumine les jardins quand l’automne s’installe et que la plupart des floraisons s’effacent. Cette vivace hybride, issue de croisements ancestraux réalisés en Chine il y a plus de 3000 ans, offre une explosion de couleurs et de formes qui transforme massifs, potées et bouquets. Robuste, généreuse et étonnamment facile à cultiver, elle mérite sa place dans chaque jardin.
Une vivace d’automne aux mille visages
Le chrysanthème des jardins trouve ses racines dans l’histoire horticole chinoise. Dès le XVe siècle avant notre ère, les jardiniers asiatiques cultivaient et sélectionnaient ces plantes pour leur beauté exceptionnelle. Les botanistes européens n’ont découvert cette merveille qu’au XVIIIe siècle, lorsque des navigateurs rapportèrent les premiers spécimens depuis la Chine et le Japon.
Ce que nous cultivons aujourd’hui sous le nom de Chrysanthemum x morifolium résulte de milliers d’années de sélection. L’espèce hybride combine la vigueur de différents chrysanthèmes sauvages pour créer une plante compacte, buissonnante, qui atteint généralement 30 à 90 centimètres de hauteur.
Le feuillage vert foncé, profondément découpé et aromatique, possède un charme discret avant même la floraison. Les feuilles dégagent un parfum caractéristique au froissement, rappel de leur appartenance à la grande famille des Astéracées.
La véritable magie opère à partir de septembre. Les boutons éclosent pour révéler une diversité stupéfiante de formes florales. Les variétés à pompons forment des boules parfaites et compactes. Les types marguerite déploient leurs pétales autour d’un cœur doré. Les formes anémone combinent des pétales externes rayonnants avec un coussin central bombé. Les chrysanthèmes araignée étonnent par leurs pétales fins, tubulaires et recourbés.
Côté couleur, le spectre va du blanc pur au pourpre profond, en passant par toutes les nuances de jaune, orange, rose, bronze et rouge. Certaines variétés jouent la carte du bicolore ou des dégradés subtils.
Où et comment planter le chrysanthème des jardins
Le Chrysanthemum x morifolium réclame avant tout une exposition bien ensoleillée. Comptez au minimum six heures de lumière directe quotidienne pour obtenir une floraison généreuse et un port compact. Dans les régions méditerranéennes où les étés sont torrides, une ombre légère en fin d’après-midi protège la plante du stress thermique.
Le sol idéal possède trois qualités essentielles. Il doit drainer parfaitement l’eau, car les racines peu profondes du chrysanthème détestent l’humidité stagnante. Il doit offrir une fertilité modérée, ni trop pauvre ni excessivement riche. Enfin, son pH doit se situer entre 6,5 et 7, légèrement acide à neutre.
Si votre terre est argileuse et lourde, incorporez du compost bien décomposé ou du terreau pour améliorer le drainage. Dans les sols sableux qui retiennent mal l’humidité, le même apport de matière organique aidera à maintenir une fraîcheur constante.
Le printemps représente la période idéale pour installer vos chrysanthèmes. Plantez entre avril et juin, une fois les dernières gelées écartées. Cette période laisse aux racines le temps de bien s’établir avant l’hiver suivant.
Creusez un trou deux fois plus large que la motte. Positionnez la plante à la même profondeur qu’elle se trouvait dans son pot. Comblez avec la terre amendée, tassez légèrement et arrosez généreusement. Respectez un espacement de 40 à 50 centimètres entre chaque plant pour leur permettre de s’épanouir sans se concurrencer.
Les chrysanthèmes s’associent magnifiquement avec les graminées ornementales, les asters tardifs, les sedums et les anémones du Japon pour composer des scènes automnales vibrantes.
L’entretien au fil des saisons
L’arrosage constitue le point d’attention principal. Le système racinaire superficiel du chrysanthème exige une terre fraîche en permanence, surtout durant la croissance printanière et estivale. Arrosez profondément deux à trois fois par semaine en période sèche, plutôt que légèrement chaque jour.
Dirigez toujours le jet d’eau vers le sol, jamais sur le feuillage. Les feuilles mouillées favorisent l’apparition de maladies fongiques comme l’oïdium ou la rouille. Privilégiez un arrosage matinal qui permet au feuillage de sécher rapidement si quelques gouttes l’atteignent.
Le chrysanthème se montre gourmand en nutriments. Apportez un engrais équilibré de type 10-10-10 en avril, au démarrage de la végétation. Renouvelez l’application fin mai. En juillet, passez à un engrais plus riche en potassium pour favoriser la formation des boutons floraux. Un engrais pour tomates convient parfaitement.
La taille joue un rôle décisif dans l’obtention d’un port compact et d’une floraison abondante. Dès que la plante atteint 15 à 20 centimètres de hauteur au printemps, pincez l’extrémité des tiges principales. Cette opération stimule la ramification.
Renouvelez ces pincements toutes les trois semaines jusqu’à mi-juillet au plus tard. Chaque pincement multiplie le nombre de tiges et donc de futures fleurs. Arrêtez impérativement après la mi-juillet pour laisser aux boutons le temps de se former avant l’automne.
Durant la floraison, supprimez régulièrement les fleurs fanées. Ce geste simple prolonge la période de floraison et maintient l’esthétique de la plante.
Rusticité et hivernage
La rusticité du Chrysanthemum x morifolium varie considérablement selon les variétés. Les chrysanthèmes de jardin rustiques survivent jusqu’à des températures de -15 à -20°C, correspondant aux zones USDA 5 à 9. En France, cela couvre la majeure partie du territoire, à l’exception des zones de montagne les plus froides.
Les variétés vendues en potées fleuries à l’automne se révèlent souvent moins rustiques. Sélectionnées pour leur floraison spectaculaire plutôt que pour leur résistance au gel, elles nécessitent une protection hivernale ou une culture en pot à remiser.
Dans les régions où le mercure descend régulièrement sous -10°C, installez un paillage généreux autour des souches à partir de novembre. Utilisez des feuilles mortes, de la paille ou des écorces sur une épaisseur de 10 à 15 centimètres. Ce matelas protège les racines et les bourgeons de base qui assureront la repousse printanière.
Évitez de rabattre le feuillage avant l’hiver. Les tiges sèches offrent une protection naturelle au cœur de la plante. Attendez mars pour nettoyer et supprimer les parties mortes.
Pour la culture en pot, deux options s’offrent à vous. Soit vous hivernez les conteneurs dans un local frais et lumineux, hors gel (garage, véranda non chauffée). Soit vous enterrez les pots dans le jardin jusqu’au rebord, ce qui isole mieux les racines du froid.
Les chrysanthèmes en pot demandent un arrosage minimal en hiver. Laissez la terre sécher presque complètement entre deux apports d’eau.
Multiplication et renouvellement
Les touffes de chrysanthèmes s’épuisent naturellement après trois ou quatre ans. La floraison diminue, le centre de la touffe se dégarnit. La division régulière rajeunit les plants et multiplie vos effectifs.
Opérez au printemps, en mars ou avril, lorsque les jeunes pousses émergent. Déterrez soigneusement la touffe entière avec une fourche-bêche. Secouez délicatement pour éliminer l’excès de terre et observer les racines.
Tranchez avec un couteau bien aiguisé ou séparez à la main des éclats comportant chacun plusieurs pousses et un système racinaire complet. Éliminez le centre ancien et ligneux de la touffe. Replantez immédiatement les divisions dans un sol préparé et arrosez copieusement.
Le bouturage représente une alternative intéressante pour multiplier une variété particulièrement réussie. En mai ou juin, prélevez des extrémités de tiges de 8 à 10 centimètres. Supprimez les feuilles de la base, ne conservez que quelques feuilles au sommet.
Piquez les boutures dans un mélange léger de terreau et de sable, à mi-ombre. Maintenez le substrat frais sans excès. L’enracinement prend trois à quatre semaines. Transplantez ensuite en godets individuels avant la mise en place définitive.
Ravageurs et maladies à surveiller
Les pucerons colonisent volontiers les jeunes pousses tendres et les boutons floraux. Ces petits insectes suceurs affaiblissent la plante et peuvent transmettre des virus. Un jet d’eau puissant les décroche efficacement. En cas d’infestation sévère, vaporisez du savon noir dilué.
Les araignées rouges (tétranyques) apparaissent en période chaude et sèche. Le feuillage se ponctue de minuscules taches jaunes et un fin voile soyeux peut apparaître. Augmentez l’humidité ambiante par des bassinages et utilisez un acaricide naturel si nécessaire.
Les thrips provoquent une décoloration argentée du feuillage et déforment les fleurs. Ces minuscules insectes volants se combattent avec des pulvérisations répétées d’insecticide à base de pyrèthre.
La rouille blanche du chrysanthème constitue la maladie fongique la plus redoutée. Des pustules blanches puis brunâtres apparaissent sous les feuilles. Cette maladie se propage rapidement par temps humide. Éliminez et brûlez immédiatement les parties atteintes. Espacez davantage les plants pour améliorer la circulation d’air. Évitez absolument de mouiller le feuillage lors des arrosages.
L’oïdium dépose son feutrage blanc poudré sur les feuilles. Il se développe particulièrement lors des étés chauds et humides, avec des nuits fraîches. Là encore, une bonne circulation d’air constitue la meilleure prévention. Les traitements au soufre ou au bicarbonate de soude freinent sa progression.
Le botrytis ou pourriture grise attaque surtout en automne, lors des périodes pluvieuses prolongées. Les fleurs brunissent et se couvrent d’un duvet grisâtre. Supprimez les parties touchées et évacuez-les du jardin.
Utiliser les chrysanthèmes au jardin et à la maison
Les massifs d’automne trouvent dans le Chrysanthemum x morifolium leur meilleur allié. Installez des groupes de trois à cinq plants de la même variété pour créer des masses colorées généreuses. Variez les hauteurs et les teintes pour composer des tableaux dynamiques.
Les variétés compactes prospèrent dans les potées généreuses. Choisissez des contenants d’au moins 30 centimètres de diamètre, percés au fond. Utilisez un terreau de qualité enrichi de compost. Une belle potée de chrysanthèmes transforme une terrasse ou un balcon d’automne.
En composition mixte, associez les chrysanthèmes avec des cyclamens, des pensées, des heuchères au feuillage pourpre ou des petites graminées pour des jardinières d’automne réussies.
Les fleurs coupées tiennent remarquablement longtemps en vase, souvent deux à trois semaines. Cueillez le matin, lorsque les fleurs viennent de s’ouvrir. Coupez les tiges en biseau avec un sécateur propre. Supprimez toutes les feuilles qui tremperaient dans l’eau. Changez l’eau tous les deux jours et recoupez légèrement les tiges à chaque fois.
Dans le jardin naturaliste, les variétés simples à fleurs de marguerite attirent une foule d’insectes pollinisateurs. Abeilles et papillons profitent de cette source tardive de nectar quand les autres fleurs se raréfient.
Le Chrysanthemum x morifolium prouve qu’une plante ancestrale peut rester parfaitement moderne. Sa floraison spectaculaire à contre-saison, sa facilité de culture et sa générosité en font une vivace indispensable. Qu’il éclaire vos massifs, embelisse vos potées ou garnisse vos bouquets, le chrysanthème des jardins apporte cette touche de magie dont l’automne a tant besoin.

